PSA/Mister Auto : la reculade du constructeur

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Bureau du GNAC : Florence Grandjean, Jean-Luc Durieux et Denis Baeza.
Les garagistes des réseaux Peugeot et Citroën ont eu gain de cause : le groupe PSA jette l’éponge pour ce qui concerne sa volonté de faire de ses ateliers des centres de montage pour Mister Auto, devenu filiale de PSA en février dernier. Devant la colère exprimée par les réseaux lors d’une rencontre au sommet avec la direction Pièces et Services du groupe, le 17 juin, le constructeur n’a pas eu d’autre choix que de faire machine arrière par rapport à son hâtive proposition. La menace émise par les réseaux, massivement mobilisés, de stopper tous les achats de pièces au groupe a payé. La note de service émise le 26 mai les invitant à s’enregistrer comme centre de pose est annulée. Une note corrective viendra la remplacer en fin de semaine. Mais, surtout, PSA a promis que plus aucune pièce de marque Eurorepar ne serait commercialisée par la cyberboutique.

« Un jeu dangereux »

À l’issue de la réunion Denis Baeza, président du groupement national des agents Citroën, s’est réjoui de cette décision, de cette « victoire », même si sa colère a du mal à redescendre. La vente en ligne de pièces Eurorepar lui reste particulièrement en travers de la gorge. « Les remises proposées par le site montrent qu’on a été volé et elles nous font aussi passer pour des voleurs aux yeux de nos clients » s’indigne-t-il. Le représentant des agents Citroën se montre très critique vis-à-vis du projet PSA. Et d’affirmer : « Ce n’est pas dans nos gènes de monter des pièces que l’on ne vend pas !  ». La crainte des agents étant de devoir supporter tous les aléas et les ennuis d’une pièce non d’origine. Mais c’est aussi une question de rentabilité. Car leur supprimer la vente de pièces, qui représente 60 % de leur chiffre d’affaires, pourrait se traduire par une perte de 2 à 3 % de résultat. « C’est un jeu dangereux alors que notre rentabilité ne cesse de baisser » s’insurge le président.

Comme nombre de ses confrères, il ne veut pas entendre parler des clients orientés par le site marchand, jugés comme de mauvais payeurs, des opportunistes. Des clients infidèles au véhicule vieillissant et entretenu par divers opérateurs sans pouvoir connaître réellement l’historique de sa maintenance. « Nous ne voulons pas avoir la responsabilité du dernier intervenant » argumente Denis Baeza. Ce dernier reste d’ailleurs peu convaincu par l’argument des probables ventes additionnelles faites aux clients du Web, observant par expérience que si des travaux supplémentaires sont identifiés ils seront faits ailleurs, plus tard. Il n’est d’ailleurs pas plus séduit par l’idée de pratiquer des taux horaires différents selon l’origine des clients avec une majoration pour ceux orientés par le Web, comme le suggère le groupe PSA. « Comment expliquer cette différence de taux, dans un sens comme dans l’autre ? » s’interroge-t-il, voyant là une source de conflits de plus avec une clientèle devenue sensible à la question du prix.

Dévaluer les prix

Car le fond du problème identifié par les agents Citroën est bien celui de la compétitivité du réseau. Et sur ce point, Denis Baeza ne va pas par quatre chemins en affirmant que le prix des pièces proposées par PSA est décalé par rapport au marché. «  Nous sommes 20 % trop chers » lâche le responsable. PSA semble avoir entendu le message puisque le constructeur a consenti lors de la rencontre du 17 juin d’associer ses réseaux à l’élaboration du tarif de ses pièces dans le cadre de commissions qui se tiendront cet été pour aboutir en septembre. Cette dévaluation des prix devrait s’opérer sur les pièces Eurorepar comme sur celles d’origine. Cela ne sera pas sans conséquences sur l’ensemble du marché, qui se calque bien souvent sur les tarifs constructeurs. Mais Denis Baeza en est convaincu : cette baisse est devenue indispensable pour reconquérir des parts de marché. La baisse pourrait alors être compensée par plus de volume d’activité.

Mais PSA peut-il se permettre une telle baisse ? Certainement pense Denis Baeza, qui estime que le groupe perd en profitabilité au travers d’un système commercial « pièces » trop complexe, fait notamment de multiples opérations promotionnelles coûteuses à élaborer et à déployer sur le terrain. « Faisons les choses plus simplement », argue l’agent Citroën.

Et ce dernier de conclure : « Si nous n’avions pas réagi à ce courrier du 26 mai, nous laissions la porte ouverte à tout, comme devenir de simples livreurs de VN achetés sur le Web. » Autre menace pressentie : celle de la vente de pièces d’origine sur Mister Auto. Une chose impensable pour ces Gaulois de réparateurs agréés, qui visiblement ne sont pas prêts à composer avec le commerce digital.

Une chose est sûre, cette mésaventure aura au moins eu le mérite de remettre les agents, plus que jamais fédérés, au centre des discussions avec le constructeur. C’est une double victoire que savourent Denis Baeza et ses équipes. Interrogé sur ce revers, le groupe PSA n’a pas souhaité s’exprimer pour le moment.

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