2020, année à haut risque pour la carrosserie

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Déjà affaiblie par la baisse structurelle de la sinistralité et par un déficit de valorisation, la carrosserie doit désormais faire face à la crise sanitaire avec une activité qui peine à reprendre de la vigueur. La fin d’année sera compliquée.

Selon Yves Levaillant, président de la branche carrosserie au CNPA, les ateliers ne seraient actuellement remplis qu’à hauteur de 70 % après une courte reprise de l’activité cet été.
Selon Yves Levaillant, président de la branche carrosserie au CNPA, les ateliers ne seraient actuellement remplis qu’à hauteur de 70 % après une courte reprise de l’activité cet été.

La Fédération des réseaux de carrossiers indépendants (FRCI) a tenu début octobre la première édition de son observatoire de la profession. Cette première rencontre, qui s’est déroulée sous le format d’une web conférence, a été principalement consacrée à la crise sanitaire et à son impact sur la branche. Des responsables du CNPA, de l’Anea, de l’Opco Mobilités, ainsi que Philippe Arraou, président du cabinet d’expertise comptable BDO France, ont participé aux échanges. Ne manquaient à l’appel que les assureurs pour compléter le tableau de l’écosystème de la carrosserie. Dommage. Ils n’auraient semble-t-il pas trouvé un peu de temps à consacrer à leurs sous-traitants… À la base de cet observatoire se trouve une étude menée cet été par le cabinet de conseil Socca auprès des 2 200 carrosseries sous enseigne (Acoat Selected, AD, Autoneo, Five Star, Précisium et Top Carrosserie). Le taux de réponse s’élève à 24 % (552 répondants).

25 % du chiffre d’affaires envolé à fin mai

L’enquête montre que les professionnels ont perdu près de 25 % de leur chiffre d’affaires à fin mai 2020 (par rapport à la même période en 2019). « Si la perte est très importante, les professionnels restent optimistes. Ils espèrent que le crise se résorbera rapidement pour essayer de combler sur le deuxième trimestre une partie du retard » commente Patrick March, dirigeant de la Socca. Pour ce dernier, une perte de CA comprise entre 10 et 20 % est toutefois à attendre cette année.

Face à cette chute des ventes, 54 % des établissements ont fait jouer le report de charges. Par prudence, seules 46 % des entreprises ont souscrit à un prêt garanti par l’État (PGE). Parmi elles, 7,5 % ont opté, par manque de visibilité sur les taux d’intérêt, pour le prêt maximum (25 % du CA). Résultat : 47 % des entreprises anticipent des problèmes de trésorerie dans les prochains mois. « Les carrossiers entrent dans une période sensible », analyse Patrick March.

Pour Philippe Arraou, les artisans hésitent trop à souscrire à un PGE, sans doute par excès de confiance, mais aussi et surtout par crainte de l’endettement. L’expert-comptable encourage cependant, par sécurité, à le faire tant qu’il est encore temps. « Le taux d’intérêt n’est que de 0,25 % la première année, et le PGE reste facilement remboursable s’il n’est pas utilisé », rassure Philippe Arraou. Reste que le remboursement d’un PGE sur cinq ans peut représenter 5 % du CA d’une carrosserie, soit une bonne partie de la marge. « Il faudrait que l’État prenne de nouvelles dispositions face à cette charge d’emprunt qui risque de conduire à des dépôts de bilan à la pelle. Augmenter la durée serait une bonne chose », poursuit Philippe Arraou.

Des ateliers qui tournent à 70 % de leur capacité

Pour les carrossiers, la situation reste critique avec une sinistralité qui peine à reprendre de la vigueur. Selon Yves Levaillant, président de la branche carrosserie au CNPA, les ateliers ne seraient actuellement remplis qu’à hauteur de 70 % après une courte reprise de l’activité cet été. « Compte tenu du niveau de trésorerie chez les professionnels, il ne serait pas étonnant de constater en fin d’année, voire en début d’année prochaine, davantage de carrosseries souscrire à un PGE », analyse le syndicaliste.

Dans ce contexte de crise sanitaire, la profession estime-t-elle être correctement épaulée et par qui ? Plutôt oui, à en croire le sondage de la FRCI. Par leur réseau en premier lieu, mais aussi par les apporteurs d’affaires, « qui ont su répondre à un soutien économique », précise Patrick March. Les syndicats arrivent en quatrième position, après les fournisseurs, malgré leur forte mobilisation et leurs prises de position auprès des pouvoirs publics. Si Patrick Cleris, président de la FRCI, remercie les assureurs de leur réactivité dans la mise en place du remboursement d’un forfait sanitaire, Yves Levaillant se montre lui plus critique et attendait davantage de soutien financier de la part des donneurs d’ordre, dont certains envisagent un peu prématurément l’arrêt du forfait Covid.

Embauches et investissements gelés

Chiffre d’affaires en baisse, trésorerie au plus bas… Quels impacts aura la crise dans les prochaines semaines au niveau de l’emploi et des investissements au sein des carrosseries ? L’étude indique que les professionnels ont fait appel à hauteur de 92 % au chômage partiel avec une durée moyenne de 48 jours. Onze pour-cent d’entre eux évoquent la prolongation du dispositif, et 9 % des entreprises ont dû licencier au moins un salarié. « Il faut bien comprendre que les deux tiers des entreprises ont perdu entre 60 et 90 % de leur chiffre d’affaires durant le confinement », commente Patrick March. Dans ce contexte, difficile d’imaginer des embauches à venir pour 75 % des ateliers. Pour ce qui touche la formation, seuls 41 % des répondants souhaitent poursuivre des stages, en particulier techniques (79 % des réponses), à distance comme sur site. Catherine Rolland, déléguée régionale de l’Opco Mobilités, observe malgré la crise un maintien du volume d’apprentis et d’alternants dans la filière de la carrosserie. « Pas étonnant pour une profession en mal de recrutements. Les ateliers jouent le jeu de l’embauche en alternance. Espérons que cela dure », réagit la responsable.

Pour ce qui est des investissements, 42 % des entreprises avaient prévu d’investir avant le confinement. Seule la moitié d’entre elles souhaite désormais poursuivre leur projet. Ainsi, 60 % des carrosseries n’ont plus ou pas l’ambition d’investir dans leur affaire. Pour celles qui souhaitent investir (22 % des sondés), cela concerne majoritairement le bâtiment (agrandissement, construction, déménagement…) et le matériel, dont les Adas. «  Les carrossiers sont dans une situation d’attente. Par prudence, ils stoppent leurs projets d’investissement. Mais attention, il ne faut pas se tromper. Ce sont peut-être ceux qui auront pris des risques durant cette crise qui sortiront gagnants. Il peut être dommage de ne pas poursuivre ses projets », prévient Philippe Arraou.

Pour Yves Levaillant, les investissements en matériel comme en formation restent incontournables face à une technologie automobile toujours plus complexe. Au-delà de cette crise sanitaire, qui plonge un peu plus les carrossiers dans la difficulté, le grand défi de la profession est bien celui de sa valorisation, en particulier de sa main-d’œuvre, mal rémunérée par les donneurs d’ordre. Des heures de travail mal vendues qui rendent difficile le moindre investissement. Philippe Arraou en appelle à un plus fort regroupement des artisans et à une meilleure mutualisation des moyens alors que la plupart des carrosseries sont des petites structures. C’est là tout le sens des réseaux et des coopératives.

La FRCI en chiffres

6 enseignes
2 200 entreprises
33 % de part de marché
66 % des carrosseries ont entre 3 et 8 salariés
50 % des ateliers sont implantés en périphérie des villes
30 % exercent en milieu rural
20 % exercent en centre-ville
80 % des entreprises font du vitrage
50 % de la mécanique
25 % de la vente de véhicules

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