L’industrie automobile mondiale à l’aube d’une « sélection naturelle »

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Covid-19, baisse significative des ventes, fort endettement, menace des amendes, défi de la mobilité électrique…, l’industrie automobile mondiale souffre comme jamais et est à l’aube d’une « sélection naturelle » selon AlixPartners.

Dans cette selection naturelle des constructeurs automobile qui s'opère, Renault est-il une proie ou un prédateur ?
Dans cette selection naturelle des constructeurs automobile qui s'opère, Renault est-il une proie ou un prédateur ?

Le cabinet de conseil AlixPartners vient de publier sa nouvelle étude sur le marché mondial automobile. On peut y lire que les effets de la crise du Covid-19 posent à l’ensemble des acteurs de graves problèmes de revenus et de coûts. À cela, plusieurs facteurs : la fermeture des usines suivie par des redémarrages souvent lents, la confiance entamée des consommateurs et la hausse du chômage, mais aussi les effets d’une généralisation durable du télétravail. L’industrie pourrait ainsi être confrontée à une baisse des volumes de 44 millions d’unités sur la période 2020-2023 (par rapport aux niveaux de 2019). Soit l’équivalent de 1,3 billion de dollars de chiffre d’affaires et 220 milliards de dollars de bénéfices. Le secteur a contracté pour 72 milliards de dollars de nouvelles dettes au cours des seuls trois derniers mois.

Rien que cette année, les ventes des constructeurs mondiaux devraient baisser de 20 millions d’unités, soit l’équivalent du marché européen précrise, pour approcher les 70 millions d’unités. Les constructeurs européens ne devraient pas revenir au pic de 2019 avant 2025. Les volumes ne devraient pas dépasser les 14,1 millions d’unités sur le continent européen, soit une baisse estimée de 32 % et de 35 % pour la France.
Les constructeurs et leurs fournisseurs devront faire face à une chute des ventes alors qu’ils sont déjà dans une situation délicate : rien que depuis le début du mois de mars, ils se sont endettés à hauteur de 72 milliards de dollars.

« Les tendances observées l’an dernier devraient s’accentuer : la réduction du nombre de modèles et l’élargissement des plates-formes, mais aussi les fusions-acquisitions et les coopérations accrues conduiront à des fermetures d’usines. Nous en avons dénombré vingt-quatre dans le monde l’an dernier » souligne Georgéric Legros, directeur et expert de l’industrie automobile chez AlixPartners France. Et de poursuivre : « Une part substantielle des 79 milliards de dollars d’investissements annoncés dans les véhicules autonomes prévus sur la période 2020-2025 ne devrait pas se concrétiser. »

Plus de 10 milliards d’euros d’amendes en 2021 ?

Dans le cadre du European Green Deal, la Commission européenne s’est fixé pour objectif de réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre dans l’Union européenne d’ici à 2050. Si les sanctions pour les niveaux excessifs de CO2 sont en effet suspendues en raison de la crise, cela peut avoir un impact majeur sur le comportement des fabricants. AlixPartners constate qu’il existe actuellement un écart de 21 % entre les objectifs actuels de l’Union européenne en matière d’émissions de dioxyde de carbone pour le secteur automobile et les ambitions annoncées de l’industrie jusqu’à la fin de l’année. « Les deux parties devront sans doute trouver une solution politique car, en l’état actuel, les entreprises risquent de se voir infliger 10 à 14 milliards d’euros d’amendes en 2021 », mentionne le cabinet.

Un investissement dans l’électrique mis à mal

L’investissement de 234 milliards de dollars dans la mobilité électrique annoncé pour la période 2020 à 2024 semble peu probable dans un marché où les ventes globales diminuent massivement et où les liquidités sont rares. Cependant, selon les estimations d’AlixPartners, la part de l’électrique dans le marché mondial devrait passer de 3 % en 2019 à 25 % en 2030.

« L’industrie automobile est confrontée à un changement profond qui ne se résume pas au seul développement des voitures électriques. Les survivants de la crise, les plus forts au sens darwinien, auront de nouveaux modèles commerciaux, plus flexibles et souvent numériques, et des gammes allégées, adaptées aux besoins des clients » juge Laurent Petizon, directeur associé en charge du secteur automobile chez AlixPartners France.

Le soutien indispensable des gouvernements

La transformation du secteur passera également par le soutien actif des gouvernements, qui vont permettre de relancer la demande et de soutenir le marché des véhicules propres. « En Europe et en Chine, les mesures de relance ont été focalisées sur la stimulation de la demande de véhicules électriques, malgré les prix bas du pétrole. Les gouvernements du monde entier ont réagi beaucoup plus rapidement que pendant la crise financière de 2008. Au total ils ont déjà annoncé des plans d’aides aux différents secteurs pour 5 000 milliards de dollars. Avec 8 milliards de dollars, la France est le pays au monde qui a consacré le plus au secteur automobile » précise Sophie Barbé, directrice associée, spécialisée dans le retournement, chez AlixPartners France.

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