Quelles évolutions attendre du marché européen de l’après-vente pour 2030 ?

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Les cabinets d’études BCG et Wolk After Sales se sont associés au Clepa (organisation européenne des équipementiers automobile) pour fournir une étude sur les perspectives de l’après-vente à 2030 à l’échelle européenne. Comment vont bouger les lignes entre équipementiers, distributeurs, réseaux constructeurs et MRA sur un marché en contraction, qui se digitalise et qui fait face à des technologies de rupture ? L’étude apporte ses réponses.

Quelles évolutions attendre du marché européen de l’après-vente pour 2030 ?

Si le marché européen de la rechange automobile, estimé à 226 Md€, est générateur de marge, il reste néanmoins menacé par une baisse programmée de l’entretien, des kilomètres parcourus et des accidents. Joue toutefois en sa faveur un parc qui grossit et qui vieillit. L’âge du parc est estimé à 11 ans en Europe. 65 % des véhicules a plus de 8 ans. Ce taux passera à 75 % en 2030. Son volume a progressé de 1,6 % par an entre 2011 et 2019, mais cette augmentation va se ralentir pour passer à +0,9 % entre 2020 et 2025 et à + 0,6 % entre 2026 et 2030.

La technologie profitera aux ateliers du constructeur

Le marché de l’aftermarket en Europe a augmenté de 2% par depuis 2011. La filière indépendante gagne des parts de marché, passant de 59 % en 2011 à 62 % en 2019. Des gains qui s’expliquent par le vieillissement du parc, la professionnalisation et la digitalisation des acteurs. Le marché continuera à croitre de 2 % jusqu’en 2025.

Si la crise sanitaire profite davantage à la filière indépendante qu’aux réseaux de marque, la tendance va s’inverser. La technologie croissante des véhicules (électrification, aides à la conduite, mises à jour logiciel, connectivité) va profiter aux réseaux agréés. Elle va durcir la compétition entre les deux filières cela d’autant plus qu’au-delà de 2025, la croissance du marché ralentira (entre 1% à 2% par an). Le canal constructeur gagera des parts de marché avec un taux annuel d’environ 3,5% de 2025 à 2030. La filière indépendante augmentera d’environ de 1% par an sur la même période.

Le principal moteur de croissance au cours de la prochaine décennie est l’augmentation de la valeur, pièces et main d’œuvre. Le marché gagnera 25 % en valeur entre 2019 et 2030. Les entrées en atelier seront de plus en plus influencées par le digital (connectivité, site d’intermédiation) et les flottes. Ces dernières vont obliger les opérateurs à chercher des alliances commerciales.

Les grossistes soumis à revoir leur circuit logistique

Les réparateurs choisiront leur distributeur en fonction de l’offre, des prix mais aussi des services tels que la formation et l’informatique sur un marché qui se digitalise. La disponibilité et les délais de livraison gagnent sur le prix. La concurrence va obliger les grossistes à améliorer leur efficacité logistique, couteuse, en réalisant des synergies. Selon l’étude, il est essentiel que les distributeurs créent un concept de plateformes numériques capable de rivaliser avec les acteurs du e-commerce toujours plus présent auprès des ateliers et qui s’approvisionnent en direct auprès des équipementiers. L’investissement dans une offre reconditionnée doit permettre aux grossistes de préserver leur position comme vendeurs privilégiés des garagistes.

Des équipementiers en recherche d’influence

Pour les équipementiers, qui peinent à être en relation directe avec les ateliers, les grossistes faisant écran, les plateformes de services et les offres de commerce électronique leur offrent un moyen pour accéder aux ateliers. L’accès aux réparateurs peut aussi passer par des services mutualisés avec d’autres équipementiers (formation, programmes de fidélité…). Les équipementiers doivent traiter avec des groupements de distribution toujours plus puissants. Ils peuvent faire la différence et s’imposer en proposant des pièces captives (pièces techniques exclusives) ou certains services. Cela pour protéger un niveau de prix supérieur face aux MDD appelées à se développer. Le rapport plaide pour une meilleure collaboration entre les distributeurs indépendants et les équipementiers pour contrer la montée en puissance des réseaux constructeurs (formation, diagnostic, pièces rénovées…).

Les 12 facteurs de changement identifiés par l’étude :

-  La crise sanitaire. Elle engendre une baisse des ventes de voitures neuves qui va conduire les réseaux de marque a davantage performer sur le SAV. Cela d’autant plus que ce manque de mise sur la route de véhicules neufs va profiter au vieillissement du parc et donc à la filière indépendante. Cette dernière aurait d’ailleurs gagné 2 % de part de marché ces derniers mois. Selon l’étude, la crise va accélérer les concentrations à tous les niveaux. Elle a aussi développé la pratique du digital.

-  Le règlementaire. En 2023 va expirer le règlement d’exemption qui touche le secteur automobile. Ce qui va en découler aura des conséquences sur la pratique des garanties, de l’accès aux informations techniques et aux données embarquées. Les nouvelles règles qui seront votées impacteront la concurrence entre les acteurs indépendants et les opérateurs agréés des constructeurs.

-  La hausse des prix. Plus technologiques, les pièces connaîtront des hausses de prix allant de 1 % à 3% par an. Cette hausse pourrait même atteindre entre 5 % et 10 %, comme pour les blocs optiques à LED par exemple.

-  L’électrification. 20 % du parc européen devrait être électrifié en 2030 (dont 6 % des véhicules qui seront 100 % électrique). Cela entrainera mois de consommation de pièces et moins d’entretien. L’électrification entrainera une baisse globale de 20 % de dépenses en pièces et une division par deux de la main d’œuvre.

-  La connectivité. En 2030, la moitié du parc automobile sera communicante, dont 11 % de manière avancée, continue. Cette connectivité poussée offrira des possibilités de maintenance préventive et de diagnostic à distance. Les réseaux agréés du constructeur, à l’origine de la relation, seront les mieux placés pour profiter de cette connectivité. Les constructeurs concevront des véhicules qui signaleront des dysfonctionnements avec prise de rendez-vous en atelier. Le traitement de la data apportera des nouvelles sources de profits (analyse du conducteur, des organes…).

-  Les aides à la conduite, dont seront pourvus plus de 50 % des véhicules, feront chuter la sinistralité, de 15 % entre 2019 et 2030. La crise sanitaire a déjà fait chuter le marché de plus de 1 %.

-  La baisse du kilométrage. C’est structurel, les automobilistes roulent moins avec une baisse de 0,6 % km par an depuis le début des années 2000. Cette tendance va se poursuivre avec la digitalisation croissante de la société, la poussée de commerce en ligne et du télétravail.

-  La part grandissante des flottes. Location, LOA, entreprises, assurance, autopartage…les flottes sont toujours plus importantes. Cela entraine des contrats d’entretien à prix négociés. Si jusqu’alors ces flottes sont majoritairement entretenues dans les réseaux de marque, la contrainte du TCO va favoriser les prix compétitifs des enseignes indépendantes. Ces dernières seront contraintes de mailler correctement le territoire avec des ateliers formés et organisés (planification, facturation…). Les entrées en atelier seront de fait de plus en plus dirigées.

-  Des constructeurs toujours plus impliqués dans l’aftermarket. Les constructeurs généralistes cherchent à se développer sur le marché de la rechange en tirant parti de leur expertise technique (expert de confiance) mais aussi en profitant de la connectivité (nouveaux services de fidélisation) et en cherchant à fidéliser au-delà de 4 ans (réseau de garage MRA, pièces multimarque, ventes en ligne, plateformes, intermédiation).

-  Poussée des MDD. Sous la pression concurrentielle, les marques de distributeurs vont se développer. Positionnées plutôt milieu de gamme, elles garantissent le profit de grossistes entre les mains de financiers. Les MDD pourraient représenter entre 20 % et 30 % de part de marché d’ici 2025. Les équipementiers devront s’adapter à cette tendance tout en défendant leur marque premium. Aux USA, les MDD pèse plus de 40 % du marché.

-  La consolidation. La concurrence et la bataille des prix conduisent à atteindre une taille critique pour profiter de l’effet volume, d’où des acquisitions puis une consolidation du marché. Cette tendance va conduire à la remise en cause des groupements d’achats internationaux sur lesquels s’appuient à ce stade les distributeurs régionaux. Cette consolidation concerne aussi les réseaux de marque et pourrait aussi toucher les ateliers multimarque face à l’avènement des flottes et le besoin croissant d’investissements. Les équipementiers, soumis aux évolutions technologiques des véhicules, connaissent aussi ces mouvements de concentration et de consolidation.

-  Les services numériques. Le commerce en ligne et la digitalisation du parcours client transforment le marché. Selon l’étude, les ventes en ligne, qui détiennent aujourd’hui entre 5 % et 10 % de part de marché, devraient doubler en se tournant davantage vers les professionnels. Cela devrait accentuer leurs accords directs avec les équipementiers en recherche de bénéfices. Les sites d’intermédiation, qui fédèreront toujours plus de garagistes, auront un rôle grandissant dans le contrôle du marché (devis, orientation et vente de pièces) et collaboreront davantage avec les grossistes.

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